Le CBD au Maroc : du Rif à la légalisation, ce qui a changé

vallée du RIF au Maroc

Le Rif marocain a nourri le marché mondial du hash pendant des décennies, dans une zone grise juridique totale. Depuis 2021, le Maroc a fait un choix que peu de pays ont osé : légaliser et encadrer une partie de cette production, sans pour autant légaliser le cannabis récréatif. Le résultat est une situation à deux vitesses, qu'il vaut mieux comprendre avant d'en parler.

En une phrase : depuis la loi 13-21 entrée en vigueur en mars 2022, le Maroc encadre légalement la production de cannabis à usage industriel, cosmétique et médical — CBD compris — dans les provinces du Rif, sous le contrôle de l'agence ANRAC, avec un seuil de THC inférieur à 0,3 %, tandis que le cannabis à usage récréatif reste totalement illégal.

Le Rif, berceau historique du hash mondialchamps de chanvre au maroc, vallée du RIF

Impossible de parler de CBD marocain sans revenir sur ce qui a fait la réputation internationale de la région pendant des décennies : la culture du cannabis dans les montagnes du Rif, autour de Ketama et Chefchaouen, remonte à plusieurs siècles selon les historiens de la plante. C'est de cette région que vient la varieté paysanne Beldia, dont j'ai déjà raconté l'histoire dans notre article sur les noms du hash. Pendant longtemps, cette production s'est faite entièrement hors cadre légal, alimenté un marché d'exportation informel vers l'Europe.

La loi 13-21 : ce qu'elle change concrètement

Adoptée fin 2021 et entrée en vigueur en mars 2022, la loi marocaine n°13-21 relative aux usages licites du cannabis crée pour la première fois un cadre juridique national permettant la culture, la transformation et l'exportation de cannabis à des fins médicales, cosmétiques et industrielles — explicitement à l'exclusion de tout usage récréatif, qui reste puni par le droit pénal marocain.

Concrètement, cela signifie que des coopératives agricoles peuvent désormais obtenir une licence officielle pour cultiver des variétés à faible teneur en THC, là où toute culture était auparavant systématiquement illégale, quel que soit son usage final.

L'ANRAC, le gendarme du secteur

L'application de cette loi est confiée à une agence dédiée, l'ANRAC (Agence Nationale de Réglementation des Activités relatives au Cannabis), qui délivre les licences obligatoires aux coopératives agricoles et assure les missions de contrôle technique et administratif de la filière. C'est cette agence qui fixe, entre autres, les variétés autorisées et les seuils de THC à respecter pour les produits industriels et médicaux, alignés sur le seuil de 0,3 % que l'on retrouve dans la plupart des législations européennes.

Un modèle proche, mais pas identique, du modèle français Le seuil marocain de 0,3 % pour les usages industriels et médicaux rappelle directement le seuil français fixé par l'arrêté du 30 décembre 2021. Les deux pays convergent donc sur ce chiffre, même si les cadres juridiques globaux restent très différents — le Maroc encadrant surtout la production, la France encadrant surtout la vente au consommateur final.

Les trois provinces autorisées

La loi 13-21 circonscrit la culture légale à trois provinces du nord du Maroc, historiquement les plus productrices : Al Hoceima, Chefchaouen et Taounate. C'est dans ce périmètre que les coopératives agricoles licenciées peuvent désormais opérer légalement, sous contrôle de l'ANRAC.

Où en est le secteur en 2026

Quatre ans après l'entrée en vigueur de la loi, le secteur reste en construction mais progresse réellement : à la mi-2026, on compte environ 161 produits à base de cannabis autorisés et commercialisés sur le marché marocain, principalement dans les catégories des compléments alimentaires et des cosmétiques. Les médicaments à base d'extraits de cannabis, en revanche, ne sont pas encore disponibles en pharmacie — la filière médicale avance plus lentement que la filière cosmétique et alimentaire.

Ce que ça change pour un acheteur français

Un point important à retenir La légalisation encadrée au Maroc concerne la production sur le territoire marocain. Elle ne crée aucun droit d'importation automatique en France : tout produit importé doit, comme n'importe quel autre produit CBD, respecter le seuil français de 0,3 % de THC dans le produit fini et disposer d'un certificat d'analyse conforme. Le hash traditionnel à forte teneur en THC produit dans le Rif reste, lui, totalement illicite en France, indépendamment de la loi marocaine.

Chez Bloom Nature, quand une référence s'inspire des traditions du Rif — nom, méthode, profil aromatique — la matière première est systématiquement conforme à la réglementation française, avec analyse de lot à l'appui. C'est le seul moyen sérieux de faire le pont entre une tradition culturelle riche et un cadre légal exigeant.

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Les questions qu'on me pose le plus

Le cannabis est-il légal au Maroc ?

Non, pas au sens récréatif. Seuls les usages industriels, cosmétiques et médicaux sont encadrés légalement depuis la loi 13-21 de 2021-2022, sous licence et contrôle de l'ANRAC.

Quel est le seuil de THC autorisé au Maroc ?

0,3 % pour les produits industriels et médicaux, un seuil identique à celui appliqué en France.

Dans quelles régions la culture est-elle autorisée ?

Dans trois provinces du nord du Maroc : Al Hoceima, Chefchaouen et Taounate, historiquement les principales zones de production de la région du Rif.

Puis-je importer du CBD marocain librement en France ?

Non. Le produit doit respecter les règles d'importation et le seuil français de 0,3 % de THC dans le produit fini, indépendamment de sa légalité au Maroc. Un certificat d'analyse conforme est indispensable.

Qu'est-ce que l'ANRAC ?

L'Agence Nationale de Réglementation des Activités relatives au Cannabis, chargée de délivrer les licences aux coopératives et de contrôler la filière légale marocaine.

Sources et références
  • Loi n°13-21 relative aux usages licites du cannabis, Bulletin Officiel du Royaume du Maroc n°7006
  • Données ANRAC sur les produits autorisés, situation à mi-2026
  • Arrêté du 30 décembre 2021 portant application de l'article R. 5132-86 du code de la santé publique français — legifrance.gouv.fr

Bruno — fondateur de Bloom Nature

Suivre l'évolution législative marocaine, c'est un peu comme regarder un pays essayer de réconcilier une tradition agricole séculaire avec les standards internationaux modernes — fascinant, mais lent. Une question sur l'origine de nos produits ? Écrivez-moi, je réponds.